La traduction de poésie

En tant que traducteurs nous savons que la poésie est l’une des choses les plus difficiles qui soit à traduire. La rime, la métrique, la cadence, le choix des mots, le rythme : nous pouvons passer des semaines entières à essayer de traduire un court poème. Un poème naît de la combinaison unique entre certains mots et il joue de la musique d’un langage spécifique. Face à ces caractéristiques, comment devons-nous affronter la traduction d’une poésie ?

Dans son texte “Aspects linguistiques de la traduction”, Roman Jakobson affirme que la poésie – par définition –est intraduisible. À l’heure de traduire un poème, il nous faut plutôt oublier de traduire pour réaliser une “une transposition créative”. Burton Raffel a soutenu que la traduction de poésie qui n’est pas une poésie “nouvellement née”, n’est rien.

Le poème Seeing Things, de Seamus Heany, constitue un exemple clair de la difficulté de traduire de la poésie. Il commence ainsi :

Inishbofin on a Sunday morning.
Sunlight, turfsmoke, seagulls, boatslip, diesel.
One by one we were being handed down
Into a boat that dipped and shilly-shalliied
Fearsomely every time. We sat tight
On short cross-benches, in nervous twos and threes,
Obedient, newly close, nobody speaking
Except the boatmen, as the gunwales sank
And seemed they might ship water any minute.

Voici par exemple la traduction de Patrick Hersant,

Inishbofin un dimanche matin.
Soleil, fumée de tourbe, mouettes, diesel, cales des navires.
On nous aidait à descendre l’un après l’autre
Sur une embarcation que chaque passager faisait tanguer
Dans un vacillement sinistre, avant de nous serrer
Sur les bancs de traverse, par petits groupes craintifs,
Obéissants et mal à l’aise ; nul ne parlait que l’équipage
À chaque immersion des plats-bords
Qui semblaient près de prendre l’eau.

Comme nous pouvons l’observer, la traduction de Hersant n’est pas une copie conforme de l’originale. Nonobstant, quand il s’agit de poésie, c’est justement ce qu’il convient de faire. Personnellement, il me semble que la traduction de Hersant est extrêmement judicieuse. À modifier jusqu’au signes orthagraphiques, il parvient à une nouvelle version du poème : comme le dit Raffel, il l’a recréé.

Cependant, une autre question fait surface : à quel point la liberté est « trop de liberté » ? En acceptant le fait que traduire de la poésie est imposible et que, en tant que traducteurs, nous avons la responsabilité de réaliser une nouvelle création, quelle est la limite… s’il y en a une ?

 

Version originale en espanol : La traducción de poesía